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Bonjour,
Je termine et poste ce lundi 20 juillet un texte écrit une semaine plus tôt, mardi 14 juillet, au sortir de la 3e canicule de l’année.
N’ayant pas eu le temps de le retravailler entre-temps, je m’y penche avec un état d’esprit modifié. En gros : ça va mieux, maintenant que les températures sont plus viables ! La résilience est telle que certaines souffrances ont déjà presque été balayées.
Mais comme ce blog est là pour documenter ma recherche de joie et de sens dans une période de bascule, je choisis de le conserver au plus proche de mes émotions d’alors.
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Enfin un souffle
Ce matin, après 8 jours de canicule, j’ai reçu le souffle d’air frais comme une bénédiction, un soulagement ! Il m’avait manqué au point d’en redouter la disparition…
Pour tenir le coup, les fenêtres réelles comme virtuelles étaient occultées. On a vécu une vie complètement calfeutrée…
Plusieurs RDV nécessitant de sortir dans la chaleur ont été annulés, mais j’en ai maintenu un, pour honorer un déjeuner de longue date avec un copain… de longue date ! Transports en commun vers le centre-ville de Nantes, marche au raz des immeubles pour rester à l’ombre, resto choisi pour sa climatisation, à nouveau un peu de marche, puis l’attente du bus à un arrêt dénué d’abri contre le soleil…
Je suis rentrée épuisée, j’ai dû m’allonger avec pains de glace et ventilateur, j’ai mis presque 24h à récupérer.

Un coup de chaud de cette force ne m’est arrivé qu’une seule fois, j’ai pu me reposer pour m’en remettre, mais je n’ose imaginer l’état d’épuisement des personnes plus exposées, plus vulnérables…
Sorties en sous-bois
Le salut de mon petit chien m’a plusieurs fois motivée à me lever plus tôt pour l’emmener en balade dans les sous-bois de notre village et en bord de Loire ! Et comme d’habitude, ce que j’ai fait pour lui m’a beaucoup bénéficié. Il me fut salutaire d’aller marcher 1h dans des températures encore tolérables, avant de m’enfermer jusqu’à la nuit…

Les sous-bois étaient pourtant moins apaisants qu’à l’accoutumée… Dans la chaleur accablante de l’air, du sol, devant les êtres vivants en difficulté, mon cerveau était saturé du message paniquant “mort / danger”.
Aux sensations s’ajoutait la pensée que le réchauffement climatique allait sans cesse s’amplifier dans les prochaines années. Cherchant une forme d’acceptation, je jouais avec l’idée que, dans cette nouvelle vie, je trouverais aussi le chemin de la joie.
Mais il était sans doute bien trop tôt pour l’acceptation !
Alors pour combattre cette charge d’angoisse, je regardais chaque plante encore verte, chaque arbre qui tenait le coup en me disant : “je pense que lui il est encore vivant, lui aussi, et ces arbustes également… plein de végétaux vivent encore, peut-être que ça va aller”.
Cette réassurance était bien fragile face aux tapis de feuilles jaunies et aux sols craquelés. Et les chants d’oiseaux, preuves de résistance ou cris de détresse ?
Ajuster les écoutilles
Plutôt que des pensées rassurantes vite balayées, j’ai trouvé du soulagement dans les outils de pleine conscience. Celui qui a le mieux fonctionné, c’est le 5-4-3-2-1. Au cas où vous ne connaissiez pas, je partage : il s’agit de conscientiser tranquillement, autour de soi :
- 5 choses que je vois
- 4 choses que j’entends
- 3 choses que je touche
- 2 choses que je sens
- 1 chose que je goûte
Et comme ça, avec une attention dirigée, la conscience au monde devenait tolérable. J’étais capable de ressentir la tristesse et la peur que mes 5 sens amenaient depuis mon environnement direct, dont une partie était véritablement en détresse.
En revanche, me laisser emmener dans des spirales de pensées, suppositions, doutes, projections, à propos d’objets distants dans l’espace ou le temps, c’était la dose que je ne pouvais pas encaisser.
Ces apprentissages seront utiles pour les temps à venir…

Attention redirigée
J’ai (malheureusement) mis le temps, mais j’ai aussi compris que la teneur de mes émotions devenait handicapante quand je scrollais sur les réseaux sociaux pendant la canicule. Ça m’a rappelé les confinements de 2020/2021 : impression d’ouvrir une fenêtre et d’être assaillie par une tempête d’émotions de personnes proches comme d’inconnus, colère, angoisse, détresse, anxiété, désespoir…
Alors samedi j’ai supprimé les applications de mon téléphone, comme on ajoute un voile supplémentaire pour se protéger du soleil.
J’ai également remplacé l’actu du matin par des livres audio et des podcasts. Les merveilleuses Grandes Traversées de France Culture, voilà une raison de continuer à aimer l’été !
Enfin, j’ai écouté davantage de musique. La musique, quelle trace merveilleuse des humains sur Terre…https://www.youtube-nocookie.com/embed/IdLgYBdu1y4?rel=0&autoplay=0&showinfo=0&enablejsapi=0
Ça n’a pas vraiment suffi pour me sentir complètement bien pendant ces 8 jours, mais le contraire aurait été dissonant, non ? Autour de 40°C, pendant plus d’une semaine, début juillet, à Nantes…
Je redoute un peu de susciter des émotions pénibles en relatant ces expériences, réveillant peut-être les vôtres. C’est même l’inverse, que j’aimerais apporter. Mais pour emmener vers un futur désirable, j’ai besoin d’être lucide et honnête sur les difficultés traversées dans le présent.
Deuil & gratitude
Comme pendant les confinements, j’ai disposé de suffisamment de moments et d’espace pour digérer les chocs. En restant ainsi à la maison avec mon compagnon, j’ai même vécu plein de bons moments !
Chaque soir, dans mon carnet, je note les choses qui m’ont apporté de la joie et de la gratitude. Voici les sources de gratitude notées durant cette période de canicule :
- Avoir cette maison en location, chouette et fraîche
- Avoir la capacité d’écrire pour m’exprimer
- Explorer le mode coopératif pour nos projets avec mon mari
- L’amitié
- Mon compagnon drôle, aimant, et très fort pour garder la maison au frais !
- Notre courage dans les épreuves
- Ma capacité de travail
Chercher la gratitude alors que tout crame au-dehors… Réflexe sain ou pathologique ?
C’est juste humain de vouloir aller bien alors que tout va mal, mais si on encaisse les chocs avec gratitude, a-t-on l’élan de changer les choses ?
Je répondrais plutôt par l’affirmative, mais seul l’avenir me permettra de tester vraiment cette hypothèse. Et puis… ça dépend de quel changement on parle.
J’ai plusieurs projets de changement collectif dans les tuyaux, et je refuse de me laisser submerger et incapaciter individuellement au point de ne plus pouvoir travailler dessus. Alors je cultive la joie et la gratitude sous mon toit, et j’attends de pouvoir recycler ces émotions dans des énergies collectives !
Dans un premier temps, pour ne pas rester sur mon “quant à soi”, j’ai cherché des moyens simples de partager le deuil, de le socialiser, pour se donner de la force et embrasser ensemble les changements.
J’ai fait ce petit autel pour les êtres vivants en souffrance, sur le muret qui donne sur la rue, près des points d’eau que Loïc a laissés pour les oiseaux.

Et je réfléchis à organiser quelque chose dans ma commune pour accueillir les émotions liées à la canicule, partager nos expériences, terminer par des intentions pour la suite…
Penser en phrases complètes
Évidemment, j’ai encore quelque chose à partager qui a été déclenché une citation d’Olivier Hamant ! A sa conférence du forum des usages coopératifs de Brest, il a recommandé de faire des phrases complètes avec un sujet, verbe, complément…

Et il l’écrit aussi dans son dernier essai, dont mon exemplaire est maintenant plein de sable !
Le but est de construire les liens logiques, de déplier les concepts et les idées jusqu’au bout, de sortir du langage pauvre et efficace à la Trump.
Cela m’a fait me demander si je pensais en phrases complètes ! Et à la non-surprise de toutes les personnes qui me connaissent un tant soit peu, j’ai constaté que mon mode de pensée par défaut partait dans tous les sens à toute vitesse, de manière certes très stimulante mais plutôt chaotique…
J’ai donc essayé de penser en faisant des phrases complètes et ho, étonnement ! Je pensais beaucoup plus lentement, comme si je devais faire marcher au pas un animal qui voudrait galoper, mais une fois dépassé cet inconfort, c’est devenu très agréable, ancré… conscient !
Mon mode de pensée “chien fou” est probablement très utile pour la pensée créative, mais pas du tout adapté quand je cherche à m’apaiser.
Quel plaisir de découvrir un nouveau levier pour me sentir bien !
Projets
Autre mode de fonctionnement de mon cerveau : quand je me sens impuissante et en difficulté dans une situation, arrivent automatiquement de nouvelles idées d’actions à mener pour retrouver de la marge de manœuvre.
Du coup, avec toutes ces crises, j’ai plein de nouvelles idées !
Rien qui permette de devenir riche, évidemment… tsss tsss
- Faire un flyer un peu rigolo, court et simple de conseils pour soutenir la biodiversité dans son jardin, adaptés à cet été 2026 multi-caniculaire. Chacun pourrait ensuite imprimer chez soi et déposer dans les boîtes aux lettres des voisins, scotcher sur les lampadaires de sa rue…
- Faire une belle affiche de « conseils pour traverser les fluctuations », inspirée de l’affiche du journal Le 1 reprenant les « 20 leçons contre la tyrannie de Timothy Snyder ». Cela répondrait à mon besoin d’avoir des ressources sous mes yeux pour garder le moral et me rappeler ma ligne de conduite. Je suis sûre que d’autres gens aimeraient lire ces conseils, qui évolueraient avec le temps.
- Expérimenter les rues en transition, une ambition abordable sans délai, qui me semble apporter des résultats concrets.
Du coup je dois faire un gros travail d’organisation et de priorisation de mes projets, parce que ces graines d’idées s’ajoutent à toutes celles déjà plantées dans le potager.
Ça donne ce genre de choses, dans la photo ci-dessous : ça s’appelle une matrice d’Eisenhower ! On y place ses projets et tâches sur des axes d’urgence et d’importance, et ça aide à décider des prochaines actions à entreprendre.
Et notamment, ça m’aide à distinguer l’urgent de l’important…

Il manque des post-its pour certains projets en cours, mais l’idée est de faire d’abord ceux qui sont dans le quart en haut à droite, avant de m’autoriser à me lancer sur ceux en bas à droite… Pas évident, car les projets tout beaux tout neufs sont plus attractifs que ceux qu’il faut entretenir, approfondir ou relancer, évidemment !
Routines pour rester ancrée quand ça secoue
En tout cas, pour traverser cet aléa très difficile, tout ce que j’ai mis en place ces dernières années s’est avéré rudement utile…
Écrire dans mon carnet pour être connectée et consciente de mes intentions, saupoudrer de l’exercice physique au quotidien, sans pression. Connaître plein d’outils pour m’organiser, me concentrer, gérer les émotions difficiles. Avoir des amix avec qui prendre des nouvelles et rigoler, développer des modes de résolution de problèmes avec mon mari…
Mes choix et mes projets me semblent tout à fait en phase avec la réalité. Je n’en tire certes pas assez de revenus et j’aimerais parfois qu’ils aient plus de résonance, pour répondre à la dissonance et à la détresse que j’observe.
Mais mon souhait est de continuer à travailler comme je le fais, à mon rythme et selon les modalités qui sont bonnes pour moi. En prenant soin de moi comme d’une partie de l’écosystème que je souhaite sauvegarder.
Si nous avons flingué la biodiversité, le cycle de l’eau, les courants marin, mes bonnes petites habitudes ne suffiront pas ! Mais quoiqu’il arrive, ces habitudes de soin, de lien, de créativité, tissent aussi le monde que je veux voir advenir.
Je compte donc bien persévérer !
