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Comment s’activer sans performer ? | Saison 2 Newsletter #20

Par annaigp 17 juin 2026
Écrit par annaigp 17 juin 2026

Où je raconte comment je tâche d’aller vers la cohérence plutôt que vers la performance, en passant par la robustesse. Le courage de renoncer ou la possibilité de me payer un luxe, vieillir en santé ?

– Temps de lecture estimé : 12 minutes –

Bonjour,

Je vous écris depuis mon bureau de Nantes, en ce chaud mois de juin. La maison est calfeutrée et ma chambre ainsi que mon bureau sont en rez-de-jardin, ce qui me permet de ne pas trop souffrir des températures élevées.

D’où je suis, j’entends les oiseaux piailler dans les jardins et les cours du quartier. Les ipomées et le chèvrefeuille plantés par mon mari nous font une ombre bienvenue dans la cour bétonnée. Mon chien Watson, depuis le seuil de la baie vitrée, surveille le dehors, travail exténuant ponctué de pauses siestes. Tout à l’heure, en déplaçant le parasol, j’ai trouvé un orvet qui a glissé lentement pour fuir le lumière du zénith.

Ça va, on n’a donc pas encore tué tout le monde avec nos conneries.

Mon chat teste l’ombre de différents spots, ici une ombre à la framboise (oui il est très très beau, mais faut pas trop lui dire, ça lui monte à la tête)

Aujourd’hui j’écoute des “morning mix” de la solaire vaniBorn et je suis connectée à des tas d’autres gens de partout dans le monde, qui comme moi bossent ou s’activent sur leur journée, via des sessions sur la plateforme de bodydoubling Flown. Des connexions qui me rassurent sur le fait que l’utopie des débuts du web vit encore !

Hier, j’ai osé dire à la caissière du supermarché que je la trouvais gracieuse, et ce matin une camarade de Flown a dit qu’elle trouvait jolie mon ombre à paupière, une circulation qui me rassure sur le fait que la vie, parfois, c’est du Balzac (qui a écrit “en toute chose, l’on ne reçoit qu’en raison de ce que l’on donne”).https://www.youtube-nocookie.com/embed/lsuR3bynqo8?rel=0&autoplay=0&showinfo=0&enablejsapi=0

The killing joke

Aux funérailles de mon psychiatre, vendredi dernier, on m’a dit que ce médecin de 62 ans serait mort d’un coup de chaud dans sa voiture, à la fin de la vague de chaleur du mois de mai.

Et dire que je suis allée le voir entre autres pour gérer mon angoisse du réchauffement climatique…

Comment ça, sa mort n’a rien à voir avec mes problèmes et le monde ne tourne pas autour de moi ?! Que voulez-vous, je n’ai plus de psy pour gérer mes soucis d’ego, je fais ce que je peux.

Dans la même lancée, j’ai décidé de dire fuck à la culpabilité et à la honte, puisque de toute façon je n’ai plus de rdv psy pour les ventiler. Sans gérer mon ego, sans culpabilité et sans honte, vais-je me transformer en Elon Musk pauvre ? Stay tuned.

C’est bien, en blaguant sur la disparition de mon psy, je me sens totalement dans l’héritage de nos échanges, au cours desquels il n’hésitait pas à se foutre gentiment de ma gueule.

Ce qui fut dit de lui par ses proches était tout aussi cohérent avec mes impressions : il semblait plutôt du genre musardeur aimant et curieux de tout, plutôt que bourrin dominateur et performatif…

Mais évidemment, les personnes qui accélèrent le burn-out généralisé ne sont pas forcément les premiers à en souffrir. J’aime bien jouer avec l’idée contenue dans la citation de Balzac, mais je ne crois pas du tout en une justice immanente…

Antidote au burn-out généralisé

Je vais faire un mini topo sur la notion de robustesse (ce que j’en ai compris à ce stade !), mais je vous annonce qu’elle s’immisce déjà de manière transversale dans tout ce que je produis… En effet, la robustesse a mis un mot sur le mode de vie que je poursuis depuis environ 10 ans, et m’a donné accès à plein de concepts associés pour analyser, discuter et prendre des décisions.

Olivier Hamant, le chercheur qui diffuse ces idées dans les médias, l’a indiqué lundi soir lors d’une conférence à l’école d’archi de Nantes : la robustesse est pertinente en tant que concept scientifique, plus que via son sens donné dans le dictionnaire. Le Robert en ligne, par exemple, y associe la force, la solidité, alors qu’en biologie, c’est plus complexe et riche.

Le mot robustesse tire son origine du mot “robur”, le chêne. Avec tout ce lierre, je ne sais plus dire s’il s’agit d’un chêne, mais ensemble ils sont si beaux ! Photo prise à Plabennec en mars dernier.

La robustesse est un mode de fonctionnement qui permet à un système d’être stable et viable dans un environnement fluctuant. C’est une stratégie majoritairement employée par le vivant et qui s’oppose à la performance, bien trop privilégiée par les humains…

L’idée de solidité du dico peut même être trompeuse, car parmi les modalités de la robustesse, on trouve la vulnérabilité, la lenteur, la redondance (ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier), la coopération ou encore la sous-optimalité (faire moins bien que son maximum, entre autres pour en garder sous le coude en cas de fluctuation).

Une entreprise, un biotope ou une commune sont des systèmes, mais un individu aussi est un système. Un ensemble corps/esprit fait de multiples organes et réseaux travaillant en permanence, en interaction avec son environnement fluctuant.

Donc la robustesse me sera très utile en politique, mais aussi pour mes choix personnels. Mon petit système à moi…

Manger bouger

Après 3 semaines de déplacements et d’évènements, force est de constater que j’ai du mal à suivre mes habitudes santé en contexte mouvant. J’avais déjà observé le phénomène dans des périodes avec beaucoup de charge émotionnelle : la tenue de mes habitudes se dégrade petit à petit, jusqu’à je passe de “routine santé” à “freestyle sabotage”…

On a envie de dire “holala pas de pression, c’est humain!” Et rassurez-vous, mon premier réflexe est la bienveillance envers moi-même. Quand je parle de “freestyle sabotage”, je veux signifier que je fais rentrer dans mes journées de plus en plus d’actions à récompense immédiate, qui finissent par abîmer ma santé physique et mentale.

Donc regarder mes comportements avec amour : évidemment. Mais de là à normaliser le fait de manger de la bouffe trop transformée et trop sucrée, au point d’avoir mal au ventre ? De là à me contenter de ne plus bouger mon corps suffisamment, de passer trop de temps sur les écrans, au point de voir revenir les douleurs au dos et l’anxiété ? Que nenni.

La dernière fois c’était Buffy, cette fois-ci c’est les Monty Python… Que voulez-vous, ils débarquent parce qu’ils font partie de moi !

Et je précise aussi, pour clarifier le contexte : dans ma vie d’adulte, y compris ces dernières années, j’ai passé bien plus de journées dans le freestyle que dans la routine. Mais ça vaut la peine de me battre pour inverser les proportions, car force est de constater : les routines santé rendent ma vie bien meilleure !

J’ai donc envie de continuer à chercher comment ça pourrait mieux fonctionner…

Courir après quoi ?

Les routines santé ça englobe pas mal de trucs : sommeil, méditation, plein air, alimentation, temps d’écran… Aujourd’hui, je souhaite concentrer ma réflexion sur l’activité physique.

Quand j’étais plus jeune, mes objectifs d’activité physique étaient liés confusément à de la morale (“c’est bien de faire ça”) ou à mon image (“je serais plus jolie / validée en étant plus musclée et plus mince”). Même si, évidemment, les rapides effets sur ma santé mentale et physique entraient dans le mix de ma motivation !

Plus tard, quand j’ai compris qu’être drivée par la morale ou l’image me conduisait dans des impasses (exemple d’impasse : “bordel, mais je cherche la validation de qui, au juste ?”), je me suis focalisée sur les objectifs santé. En ne renonçant pas facilement au bénéfice secondaire de la perte de poids, mais c’est un autre chapitre… On n’abandonne pas si facilement un conditionnement sociétal et familial !

La course à pied est mon activité sportive favorite depuis la vingtaine. Me pensant incapable de régularité sur du long terme, j’ai cru que me fixer une course à pied tous les 3 ou 4 mois m’aiderait à persister dans mon entraînement. Mais en janvier 2025, gros contre-exemple : j’ai lâché aux deux tiers ma préparation pour le semi-marathon calé fin février… et je l’ai tout de même couru, en me faisant mal, bien sûr.

Assise après la course, dans mon souvenir parce que j’avais mal aux hanches. C’est très bien, j’ai couru 21km, mais est-ce que je n’ai pas réduit ma mobilité future ?

Entre temps, je découvre la robustesse et ça confirme ce vers quoi je veux aller. Je ne vais pas forcément bannir toute course de ma vie pour toujours et à jamais : c’est chouette de courir longtemps, dans des paysages différents et avec plein de gens !

Mais surtout pas dans la mentalité avec laquelle j’y allais avant.

Parce que c’est maintenant évident qu’il y avait un truc qui clochait dans ma logique. Pour courir régulièrement, dans une recherche de maintien en bonne santé, de robustesse, je m’inscrivais à des courses à pied. Or une course à pied, même si on n’y va pas soi-même dans un esprit de compétition, ça va avec un classement, un podium, un chrono, des encouragements à aller au bout malgré les signes d’alerte du corps, soit autant d’attributs de la performance. C’était prendre les choses à l’envers.

Je voudrais juste vieillir en restant robuste, et pour ça je ferais mieux de cesser d’utiliser les outils du monde de la performance… Si avec ma pratique, mon corps me permet de prendre plaisir à courir longtemps, ce sera du bonus !

Moi à la fin de la course où j’ai niqué mes articulations

Alors je fais quoi ?

Après réflexion, j’ai vu se dessiner deux pistes :

  1. Avoir un système d’habitudes santé atteignables même quand ma vie est chaotique
  2. Avoir un système d’habitudes adapté à mes différents contextes

L’option 2 demanderait de trouver des catégories dans mes contextes de vie (vie au calme chez moi ? déplacement ? surcharge émotionnelle ? c’est carrément casse-gueule, carrément superposable), d’identifier quand je change de catégorie, de reprendre mes notes pour adapter mes habitudes au nouveau contexte…. Je sens immédiatement que c’est trop complexe, irréaliste.

Presque incrédule sur ma capacité à faire fonctionner la piste 1, je m’inspire de la robustesse pour y déceler des possibilités :

  • Ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier : il y a plein de façons de bouger, je peux aller piocher parmi toutes celles qui sont accessibles dans mon contexte. Si je suis motivée : courir. Si j’ai mal aux articulations : nager. Si je suis occupée toute la journée : chercher des interstices, comme un peu de HIIT en me levant plus tôt, marcher ou pédaler pour me déplacer, allonger la balade de mon chien… Si je n’ai plus la force de rien : marcher juste un peu dans un endroit que j’aime.
  • Penser système : pour avoir un corps qui pourra bouger sans douleurs au long des prochaines décennies, je dois aussi faire de la place pour le renforcement musculaire et les étirements.
  • Faire moins que mon maximum : je doit vraiment m’en foutre de courir vite ou longtemps. En fait, je vais baisser la barre, pour qu’elle soit franchissable dans un maximum de circonstances.
  • Faire attention à la loi de Goodhart (qui met des mots sur une expérience vécue maintes fois !), loi selon laquelle “lorsqu’une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure”, entre autres car elle pousse à “travailler uniquement à améliorer cette mesure” en oubliant les autres indicateurs (citations de Wikipédia)… Méfiance donc avec les chiffres indiqués sur ma montre connectée ou sur la balance : ils sont intéressants comme indicateurs, mais surtout pas comme objectifs.
  • Valoriser ma vulnérabilité : je ne sais pas ce qui est “normal”, mais je sais qu’il est humain d’avoir du mal à trouver le temps de bouger/se muscler/s’étirer chaque jour ! Surtout avec un TDA/H, qui rend l’activation encore plus difficile. J’espère ne jamais m’en vouloir d’avoir du mal à mettre en œuvre mes intentions, et j’irai chercher l’aide d’autrui dès que ça me semblera pertinent. Un simple “tu viens te balader avec moi ?” à mon mari, ou “j’ai besoin d’encouragements pour aller à la piscine avant la fermeture” à mes copines se sont déjà avérés fort efficaces !
  • Cheminement et joie : peu importe si je ne me perfectionne en rien, tant que je kiffe ! Si ça me chante de faire lundi du pilates, mardi un footing, mercredi un peu de renfo, jeudi du yoga, vendredi une marche en manif, samedi de la danse et dimanche du roller, c’est pas de la dispersion, c’est de la robustesse ! Le chemin compte davantage que le but, et la joie sera la meilleure assurance de ma constance.
  • Erreur : si mes conclusions d’aujourd’hui sont rendues caduques par mon expérience future, tout va bien, ça fait partie du processus. Comme disait mon prof de maths de lycée, M. Harscoët : “ce serait pas juste d’avoir en même temps la jeunesse et l’expérience !”.
Et quand c’est VRAIMENT la déprime, traverser le centre commercial pour acheter une glace, ça aussi c’est du mouvement ! Ouais bon, pour valider celle-là je demanderai à Olivier Hamant

Abandonner peut être courageux

J’avais émis l’idée de courir 42 km l’année de mes 42 ans, mais je pense que ce serait plus cohérent d’y renoncer pour le moment, pour explorer les pistes ci-dessus.

Je vois bien que quelque chose chez moi résiste à laisser tomber cette idée, pourquoi ?

Parce que courir 42km me permettait de créer une image de moi-même rassurante en début de quarantaine autant que valorisée dans ma famille et dans la société ? Parce que, d’après ce que d’autres ont décrit, il s’agit d’une expérience extraordinaire ?

C’est surtout que le renoncement n’est pas un moteur humain très efficace… Alors que l’image d’une humaine se battant pour être cohérente chaque jour de sa vie, ça me plaît au moins autant que l’image d’une marathonienne !

Et ne serait-ce pas une expérience extraordinairement créative et joyeuse de trouver quotidiennement des façons kiffantes de bouger ?

Intention plutôt qu’objectif

J’ai lu aujourd’hui sur Flown la citation d’un compositeur et chef d’orchestre, David Campbell : “la discipline, c’est se souvenir de ce que l’on veut”.

Je me sers de ce chouette aphorisme pour évoquer le dernier point qui me tient à cœur : je croise que si je reste sur l’idée d’objectif, je risque de ressentir de la déception, voire de la culpabilité, les jours où je n’ai pas atteint l’objectif.

Donc soit, pas d’objectif, mais une intention : celle de me poser chaque matin, lorsque je prépare ma journée avec un thé et mon carnet, la question : “quand et comment vais-je pouvoir bouger et m’étirer ou me muscler aujourd’hui” ? En somme : comment vais-je m’offrir le luxe de prendre soin de moi, aujourd’hui ?

Un luxe nécessaire

Encore une fois, je partage tout ça parce que je constate presque chaque jour que ça ne concerne pas uniquement ma petite personne… D’ailleurs, ô joie et émerveillement, des “Balades Footing Robustesse” sont prévues lors du Forum des usages coopératifs, qui aura lieu du 30 juin au 3 juillet à Brest en présence d’Olivier Hamant !

Climat social bouillant, climat de la planète en surchauffe, burn-out parental, burn-out militant, burn-out professionnel… Ce serait dommage de chercher à nous ressourcer dans des activités qui crament elles aussi nos ressources, non ?

Après tout, chacun·e d’entre nous fait partie de l’écosystème que nous cherchons à rendre stable et viable.

💜 A bientôt !

PS : pour les Nantais·es et alentours, venez vendredi prendre l’apéro au Café du port de Basse-Indre, pendant que vos enfants et moi on fait des voyages dans le futur avec des feutres et des ciseaux !

Atelier du Futur de 18h30 à 21h, prix libre à partir de 5€.

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